samedi 21 avril 2012

Joconde intime par Anaïd Demir

Qui est la Joconde ? A quoi pense-t-elle avec son sourire en coin et ce regard qui nous suit partout ?  Doit-on écrire Mona Lisa ou Monna Lisa ? Qu'est-ce que la "Jocondoclastie" ? La personne ayant servi de modèle à ce chef d'oeuvre était-elle une femme ou l'assistant de Vinci comme d'aucuns le pensent ? Quel est le rapport entre la Joconde et Kate Moss ? A l'heure où Le Louvre accueille la Vierge à l’Enfant avec sainte Anne, oeuvre de Léonard de Vinci* à peine sortie d'une restauration de trois ans, Anaïd Demir sort Joconde Intime, levant le voile sur les mystères entourant Monna Lisa. Critique d'art et auteur de l'excellent Le dernier jour de Jean-Michel Basquiat (paru en 2011 aux ed. Anabet), Anaïd offre des réponses pertinentes et personnelles à toutes les questions que l'on se pose sur ce chef d’œuvre, en conjuguant maîtrise du sujet, finesse d'esprit et trait d'humour délectable. A la frontière de l'essai, du roman historique, de l'autofiction et du livre d'art, l'auteur crée un genre littéraire inédit et très agréable à lire. Alors que Joconde intime vient de paraître aux éditions Léo Scheer, après de longs mois d'écriture, j'ai rencontré Anaïd Demir pour savoir comment elle vit sa renaissance.

Vous avez écrit un ouvrage sur Basquiat et vous en présentez un autre sur la Joconde, quelle relation pourrait-on imaginer entre les deux ?
Ce sont tous les deux des personnages incompris de l'histoire de l'art. Et chacun d'eux représente une porte d'entrée dans l'art. Mais Basquiat est un homme black, la Joconde, une femme blanche. Lui était un génie de l'art, mort jeune, quant à elle, elle a 500ans et on ne sait pas qui c'est...
En employant le "je" vous vous glissez dans la peau de la Joconde. Est-ce que vous ressortez de cette expérience comme une comédienne après un rôle intense ?
Je l'ai ressentie mais pas incarnée et je me sens dépressurisée comme un avion qui atterrit ! J'ai vécu l'écriture de ce roman à la façon d'un pèlerinage ou d'un chemin initiatique. Lorsque je l'ai commencé, j'avais déjà une idée de la fin de l' histoire mais en la narrant, petit à petit, j'ai vu se dessiner autour de moi un paysage. J'en découvrais le chemin en écrivant. J'avais l'impression d'être comme... guidée. Avec Basquiat, j'avais l'impression de maîtriser les choses alors que là, je sentais que je ne pouvais pas dévier de ma route. En outre, durant la période où j'écrivais Le dernier jour de Jean-Michel Basquiat, j'avais des notes qui m'entouraient, j'avais spatialisé  les choses, là, j'ai eu le sentiment d'être au volant d'une voiture qui traçait sa route car j'ai dû écrire différemment, de façon plus chaotique, notamment en changeant d'endroits.  Je ne peux pas me sentir comme une actrice, je me sens reconstruite, pas vidée comme j'imagine que ça peut être le cas après un tournage.   
Qui est la Joconde ?
Elle est toutes les femmes en même temps. Elle est une femme universelle. Elle représente la féminité, la maternité et nul doute que c'est bel et bien une femme. Je trouve même déplacé d'imaginer qu'elle serait un homme. La Joconde est un personnage, un modèle. Parce qu'elle est mutique, je lui ai donné la parole. Je suis rentrée dans sa tête et à travers elle j'exprime des choses personnelles qu'elle me susurre. On ne la regarde plus vraiment, on ne l'estime plus, elle est à la fois traînée dans la boue et portée aux nues. Elle a donc des choses à transmettre et d'autant plus qu'elle est vivante. C'est un tableau incarné, en mouvement. La Joconde sourit, vous suit des yeux.Grâce à la technique du glacis, à la manière des vitraux, la Joconde bouge tel un hologramme.

Joconde Intime, Laureli, ed. Léo Scheer, 18 €, dans toutes les bonnes librairies.

* Exposition La Sainte Anne, l'ultime chef-d'œuvre de Léonard de Vinci, jusqu'au 25 Juin 2012 au Louvre.



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