samedi 28 avril 2012

Clip de Bercy : C'est Maintenant #FH2012

Il y a quelques temps j'évoquais sur ce blog la modernité des vidéos évoquant la campagne de François Hollande pour la présidentielle 2012. Une modernité à l'américaine qui n'est pas sans rappeler le style Obama. Voici désormais le tout dernier clip de campagne tout juste sorti sur le site du candidat du PS. Le clip de mobilisation d'entre deux tours s'intitule Clip de Bercy, C'est Maintenant. Ce dernier sera diffusé lors de la prise de parole de François Hollande ce dimanche à 14h à Bercy en compagnie de 20 000 sympathisants. Seront vraisemblablement au rendez-vous selon Le Parisien, Sanseverino, Neg'Marrons, Pep's et Yael Naïm. Quant au clip, très contemporain, il montre un candidat de gauche rassembleur, humble, concentré et actif avant le second tour. Nul doute que la vidéo chauffera dûment la salle demain et qu'elle circulera sur le réseau dans les jours à venir, en France et à l'étranger, à l'instar des clips précédents (voir 48H avec FH).

samedi 21 avril 2012

The Tiffany 1837 Collection : un vrai bijou !

"Tiffany's... Cartier... Black Frost, Pearl Bossed... Talk To Me Harry Winston, Tell Me All About It" fredonnait Marilyn Monroe dans Diamonds Are a Girl's Best Friend... le rêve d'une princesse en somme ! Tiffany & co exauce toutes les princesses avec des nouveautés en Rubedo dans sa Tiffany 1837 Collection, créées en hommage à ses 175 ans d'existence. Abordable et adorable, la collection proposait déjà une gamme de bijoux facile à porter, en argent, en or jaune/or rose... et dorénavant en métal "Rubedo", un alliage féérique inventé pour l'occasion par la Maison, dont les teintes de rose s'animent au contact des rayons du soleil. Fan de Tiffany depuis tellement d'années, comme en témoigne le bracelet rigide et coeur qui ne me quitte pas, j'ai testé quelques échantillons de la 1837 Collection dont justement un bracelet et une bague en Rubedo. Un alliage à base d'or, de cuivre et d'argent dont le rendu témoigne du goût et de l'avant-gardisme de Tiffany & co. Manchette silver, alliance en or, bracelet et bague en Rubedo, on opte pour les bijoux en Rubedo tout juste sortis de l'atelier de création et en édition limitée !

Tiffany
 "Tiffany's... Cartier... Black Frost, Pearl Bossed... Talk To Me Harry Winston, Tell Me All About It" used to sing Marilyn Monroe in Diamonds Are a Girl's Best Friend... Let's dream together now with the brand new Rubedo jewels in the Tiffany 1837 Collection celebrating its 175th anniversary. Affordable and adorable, the collection is composed of jewels so easy to wear in silver, gold, pink gold and now of the new metal invented by Tiffany & co, called Rubedo. A so beautiful mix of gold, silver and copper that is revealed with magic by the sun. Fan of the brand for many years as you might have understood from the heart bracelet that I always wear, I tryed some jewels made in silver, yellow gold and Rubedo. So hard to chose, don't you think ? Let's celebrate the Rubedo jewels created for this spring to be shinny and romantic !


La manchette, la bague et le cadenas en rubedo seront distribués en édition limitée avec un poinçon original et la signature de Charles Lewis Tiffany.

Joconde intime par Anaïd Demir

Qui est la Joconde ? A quoi pense-t-elle avec son sourire en coin et ce regard qui nous suit partout ?  Doit-on écrire Mona Lisa ou Monna Lisa ? Qu'est-ce que la "Jocondoclastie" ? La personne ayant servi de modèle à ce chef d'oeuvre était-elle une femme ou l'assistant de Vinci comme d'aucuns le pensent ? Quel est le rapport entre la Joconde et Kate Moss ? A l'heure où Le Louvre accueille la Vierge à l’Enfant avec sainte Anne, oeuvre de Léonard de Vinci* à peine sortie d'une restauration de trois ans, Anaïd Demir sort Joconde Intime, levant le voile sur les mystères entourant Monna Lisa. Critique d'art et auteur de l'excellent Le dernier jour de Jean-Michel Basquiat (paru en 2011 aux ed. Anabet), Anaïd offre des réponses pertinentes et personnelles à toutes les questions que l'on se pose sur ce chef d’œuvre, en conjuguant maîtrise du sujet, finesse d'esprit et trait d'humour délectable. A la frontière de l'essai, du roman historique, de l'autofiction et du livre d'art, l'auteur crée un genre littéraire inédit et très agréable à lire. Alors que Joconde intime vient de paraître aux éditions Léo Scheer, après de longs mois d'écriture, j'ai rencontré Anaïd Demir pour savoir comment elle vit sa renaissance.

Vous avez écrit un ouvrage sur Basquiat et vous en présentez un autre sur la Joconde, quelle relation pourrait-on imaginer entre les deux ?
Ce sont tous les deux des personnages incompris de l'histoire de l'art. Et chacun d'eux représente une porte d'entrée dans l'art. Mais Basquiat est un homme black, la Joconde, une femme blanche. Lui était un génie de l'art, mort jeune, quant à elle, elle a 500ans et on ne sait pas qui c'est...
En employant le "je" vous vous glissez dans la peau de la Joconde. Est-ce que vous ressortez de cette expérience comme une comédienne après un rôle intense ?
Je l'ai ressentie mais pas incarnée et je me sens dépressurisée comme un avion qui atterrit ! J'ai vécu l'écriture de ce roman à la façon d'un pèlerinage ou d'un chemin initiatique. Lorsque je l'ai commencé, j'avais déjà une idée de la fin de l' histoire mais en la narrant, petit à petit, j'ai vu se dessiner autour de moi un paysage. J'en découvrais le chemin en écrivant. J'avais l'impression d'être comme... guidée. Avec Basquiat, j'avais l'impression de maîtriser les choses alors que là, je sentais que je ne pouvais pas dévier de ma route. En outre, durant la période où j'écrivais Le dernier jour de Jean-Michel Basquiat, j'avais des notes qui m'entouraient, j'avais spatialisé  les choses, là, j'ai eu le sentiment d'être au volant d'une voiture qui traçait sa route car j'ai dû écrire différemment, de façon plus chaotique, notamment en changeant d'endroits.  Je ne peux pas me sentir comme une actrice, je me sens reconstruite, pas vidée comme j'imagine que ça peut être le cas après un tournage.   
Qui est la Joconde ?
Elle est toutes les femmes en même temps. Elle est une femme universelle. Elle représente la féminité, la maternité et nul doute que c'est bel et bien une femme. Je trouve même déplacé d'imaginer qu'elle serait un homme. La Joconde est un personnage, un modèle. Parce qu'elle est mutique, je lui ai donné la parole. Je suis rentrée dans sa tête et à travers elle j'exprime des choses personnelles qu'elle me susurre. On ne la regarde plus vraiment, on ne l'estime plus, elle est à la fois traînée dans la boue et portée aux nues. Elle a donc des choses à transmettre et d'autant plus qu'elle est vivante. C'est un tableau incarné, en mouvement. La Joconde sourit, vous suit des yeux.Grâce à la technique du glacis, à la manière des vitraux, la Joconde bouge tel un hologramme.

Joconde Intime, Laureli, ed. Léo Scheer, 18 €, dans toutes les bonnes librairies.

* Exposition La Sainte Anne, l'ultime chef-d'œuvre de Léonard de Vinci, jusqu'au 25 Juin 2012 au Louvre.



jeudi 19 avril 2012

La politique et l'artistique : le #2H12 crew !

Le mystérieux et talentueux #2H12Crew est de retour ! Après avoir lancé sur internet un clip très inattendu et intitulé "48H avec FH", le #2H12 crew se distingue aujourd'hui avec une nouvelle vidéo : "Faut pas s'rater"...
L'histoire commence après le week-end marathon de François Hollande en banlieue, où le candidat du PS s'est rendu à Vaulx-en-Velin, à Creil, à Clichy sous Bois, aux Ulis, à Aulnay sous Bois et à Aubervilliers afin de rencontrer les Français. Ainsi, le 10 avril, était postée sur la toile une étrange vidéo retraçant son épopée. Etrange parce qu'inhabituel dans le monde de politique mais incroyablement bien ficelé, le clip indique qu'il faut aller voter sur fond de rap US, avec le titre Niggas In Paris de KanyeWest. Autant dire carrément "pimpé" le clip de campagne !
Et voici des têtes de français de ci et de là, toutes couleurs confondues, avec une carte électorale en main. Ceux-ci incitent donc les gens à aller voter, avec un penchant affirmé pro PS, et surtout, offrent une qualité visuelle jamais vue dans ce contexte. 136 000 vues plus tard (forcément), le #2H12 crew récidive... pour répondre à la question qui taraude journalistes et admirateurs de ce clip politico-artistique d'un genre inédit, à savoir "qui se cache derrière ?" Le #2H12 crew, c'est vous et moi, répond la seconde mouture. Et surtout les jeunes que le clip encourage vivement à aller voter le 22 avril car ce jour-là "Faut pas s'rater". Ce que l'on sait déjà sur ce crew engagé donc, c'est qu'il a du talent et du style pour sûr, qu'il sait rassembler autrement, et qu'il souhaite que la jeunesse vote mais ne vote pas FN car la France est métissée. Puisque la vidéo dépoussière enfin le traditionnel (et très imbittable) clip de campagne, c'est avec impatience que l'on attend la prochaine !


vendredi 13 avril 2012

Fleur Pellerin : une classe folle !

Cette femme à l'allure de top modèle pourrait tout à fait être la nouvelle égérie d'une marque de mode ou la prochaine actrice à suivre, mais non. Fleur Pellerin, responsable société et économie numérique de la campagne de Françoise Hollande, que j'ai eu le plaisr de rencontrer pour un reportage en préparation, a une classe folle. Diplômée de l'Essec, de Sciences-Po, énarque (rien que cela !) et conseillère à la Cours des comptes, Fleur Pellerin est une bosseuse à la conscience éclairée. Cette figure de l'avant-garde politique que l'on pressent devenir ministre force le respect, ça ne fait pas un pli !
Fleur Pellerin ministre

(Entre)Ouverture du Palais de Tokyo


A l’heure où j’écris ce texte, le Palais de Tokyo à Paris fête à grands coups d’expos, de concerts et de performances son entre(ouverture) officielle. Ces festivités  initiées le jeudi 12 avril à 20h finiront 30h plus loin, le 13 avril à minuit, sans aucune interruption. Une sorte de mega rave de l’art en somme. Dans un genre d’usine désaffectée en cours de réhabilitation. Car en effet, la structure gigantesque du PdT laisse apparaître ses stigmates dues à la réfection. Je me souviens avoir fait un reportage pour la presse lors son ouverture en 2001 donc je ne pouvais pas ne pas y jeter un œil ce soir. Pour celles et ceux qui n’iront pas, ou qui iront plus tard, j’ai profité de la brèche de quelques heures pour vous offrir un « best of » de ce que l’on peut voir dans ce dédale de pièces jusqu’ici cachées, et enfin révélées. 
Ravie d'avoir revue ORLAN, artiste explorant les questions d'hybridation et l'iconographie des femmes dans le monde, beaucoup copiée par Lady GaGa. Comme moi, ORLAN est conquise par le nouveau PdT ! En dessous, une oeuvre de Maxime Rossi, Cheap Imitation (2010-2011) et son "oiseau parleur" dans une cage aussi curieuse que l'aspect de l'ovipare !
Ci-dessus une performance. Puis une pièce dévolue à Jean-Michel Alberola : la Salle des Instructions (2012), une jolie mélodie où les couleurs riment avec un récit suspendu, celui de la conversation qui s'arrête... et qui reprend.
Au-dessus, un travail excitant signé Zdenek Kosek, Je suis le cerveau de l'univers, où comment rendre le porno artistique en créant une trame écrite sur une photo obscène. En bas à gauche, deux signes urbains devenus des classiques : un Space Invader si discret, et un ange éphémère posé à la craie par Jean-Charles de Castelbajac. 
Vue du chantier du Pdt et d'une performance dansée avec en fond une oeuvre de Ulla Von Brandenburg, Death of a King . En bas à gauche, une installation phosphorescente, la Grotte Stellaire de Julien Salaud (2012), clin d'oeil contemporain à la grotte de Lascaux.
Au centre, l'enseigne "mouillée" de l'espace presse, probablement commise par Franck Scurti. Très belle pièce issue d'une série du même acabit, qu'on a tellement envie de collectionner !
En haut à droite,  baignée dans la lumière rouge, une oeuvre de Peter Buggenhout : The Blind Leading the Blind. En bas à droite, de la pop japonaise avec une chanteuse qui s'appellerait Kimou. Kawaii !
L'oeuvre de Benoit Pype, la Fabrique du Résiduel, à la fois fragile et monumentale.
 


    

Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson
75 116 Paris
Tél : 01 47 23 54 01
www.palaisdetokyo.com

mercredi 4 avril 2012

Etienne de Crécy : My Contribution to The Global Warming (interview partie II)

Déjà 20 ans qu’ Etienne de Crécy nous fait vibrer, jumper et divaguer aux rythmes de ses productions… La preuve ? My Contribution To The Global Warming, une anthologie dantesque et gargantuesque à base de 5 cds, 6 vinyles ( au choix), à sortir ce mois-ci. Au menu, les hits du Dj, de Super Discount 1 et 2, à All Right Now en passant par Tempovision… ses remixes (Air, Alex Gopher, Kraftwerk, Dj Mehdi, Moby, Zombie Nation) et des inédits en quantité et qualité non négligeables. Parce qu’il n’y a aucune raison de ne pas (s’)offrir et aimer la très belle anthologie d’Etienne de Crécy, qui plus est superbement designée -dans un coffret surprise-, j’ai rencontré avec un certain plaisir l’un des piliers de la French Touch, histoire de dresser son bilan de 20 ans de techno et d’imaginer avec lui le futur de celle-ci. Madeleine de Proust pour les uns, découverte pour la nouvelle génération… en attendant la tournée de lives, voici « my contribution to the global listening of » Etienne de Crécy!

PARTIE II de l'interview (partie I ici)

Etienne de Crécy

« Pendant mes voyages, je conçois mes pochettes de disque. »

Pourquoi avez-vous choisi une infrastructure plus lourde qu’un laptop avec des synthés et des boîtes à rythme alors que vous dîtes vous-même que vous pouvez obtenir le même son sur ordi ?
Cela détermine ma journée. Je pourrais aussi passer la journée avec une souris derrière un écran, j’aurais fait de la musique mais j’aurais passé ma journée sur un ordi. Moi, je fais de la musique mais je passe ma journée à tourner des boutons et à activer des « fat boost », et je trouve que c’est plus cool.
C’est le côté ludique qui a déterminé ce choix alors ?
Il y a deux aspects.  D’abord l’aspect ludique et puis, un matériel choisi pour moi. Ce matériel détermine les limites au-delà desquelles je ne peux pas créer. Un ordi est sans limite au niveau des possibilités de création et ça me fait peur.
La peur du vide ?
Exactement. Je ne peux pas de travailler face à l’infini des possibles. Je me perds alors dans des milliards d’expérimentations qui ne mènent à rien. Je choisis un instrument, une boîte à rythme avec des sons. Les sons présents ne sont pas déclinables comme sur un ordi.

« je suis un employé de bureau de la musique »

Le graphisme surprise de cette anthologie composée de 5 cds ou 6 vinyles est très beau, qui l’a réalisé ?
C’est moi. J’en suis hyper fier. J’avais l’idée de prendre une typo avec des lettres qui se touchent pour avoir des contre formes de couleur. Je l’ai d’abord conçu avec une typo moche et en travaillant avec H5, nous sommes arrivés à cette typo. Les lettres ont été retravaillées pour que leurs pentes soient harmonieuses et en effet, toutes les lettres n’ont que deux pentes. Sous la découpe des lettres, il y a des sous-pochettes de couleur. J’ai eu l’idée de jouer sur le graphisme : quand on sort une sous-pochette pochette, le visuel est crade. Le coffret est très classe, très bcbg et à l’intérieur, c’est l’inverse avec un aspect très « chantier ». Autant, je n’imagine pas faire de la musique sur un laptop, autant pour le graphisme j’aime travailler sur photoshop et illustrator. Pendant mes voyages, je conçois mes pochettes de disque.
Comment a été conçue l’anthologie ?
L’idée part des inédits. Je voulais sortir les morceaux que je crée depuis des années. Je travaille beaucoup. Tous les jours, je viens au studio de 9h du matin à 5h du soir.
A l’instar des membres de Kraftwerk qui se définissent comme des ouvriers de la musique ?
Oui, ils travaillent tout le temps. Moi, je suis un employé de bureau de la musique alors. Je viens au studio tous les jours et j’aime ça.
Ce n’est pas trop contraignant pour activer la création et laisser libre cours aux idées ou à des inspirations ?
Je ne crois pas en l’art. Je viens au travail, je fais des sons qui vont m’inspirer autre chose. Je m’amuse. Chez moi, l’inspiration ne vient qu’en travaillant. J’ai du mal à me considérer comme un artiste, je me sens plus comme Kraftwerk, un artisan.


 
« lorsqu’il y a une belle pochette, il n’y a pas un mauvais disque dedans »

Oui enfin pour moi ce sont des Dieux…
(rires). J’ai ressenti chez Ralph une grande humilité. C’est le travail que e groupe produit qu’il considère important. Lui ne se considère pas comme quelqu’un d’important.
Vous soignez aussi bien les morceaux que le design des pochettes, votre scénographie… être un artiste, c’est concevoir un produit culturel dans sa globalité ?
Je viens d’une famille de graphistes. Chez nous le graphisme a toujours tenu une place importante. Notamment parce que mon grand-frère a toujours beaucoup dessiné… J’essaie de proposer un graphisme intéressant. Pour moi la musique est terriblement graphique. Ma propre expérience a été autant visuelle que musicale. Les premiers disques que j’ai achetés, c’était guidé par les pochettes et j’ai découvert ainsi plein de musiques. Je le fais encore. Souvent, lorsqu’il y a une belle pochette, il n’y a pas un mauvais disque dedans. En plus aujourd’hui, il y a une sensibilité marketing chez les artistes, auparavant, les artistes laissaient les équipes marketing agir dans leur coin. Ca peut aussi faire beaucoup de dégâts.
1992, l’un des titres inédits de l’anthologie est vraiment coloré années 90, pourquoi ne pas l’avoir sorti à ce moment-là ?
A l’époque, ce qui passait c’était encore de la techno lourde. 1992 n’étais pas sortable en 1992, il aurait dû sortir éventuellement en 1994.
La techno originelle n’est-elle pas réservée à une élite ?
Ca ne me dérange pas de créer une musique pour les connaisseurs et les gens qui font l’effort de s’y intéresser. Ca ne me dérange pas de m’adresser à un nombre plus restreint de personnes.
A l’instar de l’art conceptuel ?
Oui à la fois il y a des gens qui cartonnent dans l’art conceptuel. Là réside la magie, il n’y a pas de loi.
Comment envisages-tu les 20 prochaines années ?
Je dois produire plein de bonne musique pour refaire un coffret d’ici vingt ans !
J’ai parcouru les 20 dernières années sans savoir où j’allais, je pense continuer sur la même voie. 

Sortie de My Contribution To The Global Warming : le 23 avril.
 DJ set au Silencio : 30 avril.
Live à L'Olympia : 13 octobre.

 

Etienne de Crécy : My Contribution To The Global Warming


Déjà 20 ans qu’ Etienne de Crécy nous fait vibrer, jumper et divaguer aux rythmes de ses productions… La preuve ? My Contribution To The Global Warming, une anthologie dantesque et gargantuesque à base de 5 cds, 6 vinyles ( au choix), à sortir ce mois-ci. Au menu, les hits du Dj, de Super Discount 1 et 2, à All Right Now en passant par Tempovision… ses remixes (Air, Alex Gopher, Kraftwerk, Dj Mehdi, Moby, Zombie Nation) et des inédits en quantité et qualité non négligeables. Parce qu’il n’y a aucune raison de ne pas (s’)offrir et aimer la très belle anthologie d’Etienne de Crécy, qui plus est superbement designée -dans un coffret surprise-, j’ai rencontré avec un certain plaisir l’un des piliers de la French Touch, histoire de dresser son bilan de 20 ans de techno et d’imaginer avec lui le futur de celle-ci. Madeleine de Proust pour les uns, découverte pour la nouvelle génération… en attendant la tournée de lives, voici « my contribution to the global listening of » Etienne de Crécy!
  
Pour ceux qui n’étaient pas encore là en 1992, c’était comment la naissance de la techno ?
Comment c’était ? C’était marrant. Tu y étais ou pas ?
Oui j’y étais, c’était les débuts de la techno et… mais attends, j’ai l’impression que les rôles s’inversent là, c’est moi qui pose la question.
(Rires). Tu allais à Mozinor (spot de raves parisiennes des années 90, ndr) ?
Non, j’allais écouter les premiers sets de Laurent Garnier au Boy.
Tu allais plutôt dans les clubs alors. Je n’ai pas du tout découvert la techno comme ça. C’était en 1992 et exclusivement dans les raves : Mozinor, Space Invader, Transbody Express… C’était marrant de découvrir une musique vraiment révolutionnaire, de revoir les mêmes groupes de personnes d’une rave à l’autre, sachant qu’il n’y avait pas internet et que pour se rendre à ces fêtes, il fallait réussir à avoir un flyer. Généralement, tu ne savais pas où la fête se passait avant la soirée de la veille où les flyers étaient distribués aux gens qui avaient l’air cool, certains flyers étaient d’ailleurs plus difficiles à obtenir que d’autres… C’était quand même incroyable parce que 2 à 3000 personnes se réunissaient régulièrement dans ces soirées et personne n’en parlait, c’est arrivé relativement tard dans les médias. Je trouvais cela fou ! Après la soirée, on se rendait sur une péniche face à la maison de la radio. Le dimanche à 9h du matin, 600 personnes venaient écouter une musique de fous. A part ceux qui étaient présents, personne n’en parlait. J’avais l’impression de faire partie d’une élite de gens conscients qu’ils vivaient une révolution.
Vous avez pris une claque à ce moment-là ?
Oui. Mais surtout à cause de la drogue. La vraie claque a été chimique (rires). Ca m’a aussi fait comprendre la musique beaucoup plus rapidement. La claque a aussi été musicale. Après, j’ai arrêté de me droguer mais j’ai continué à écouter de la musique. Effectivement, le déclic musical ne m’a pas lâché et que je le recherche toujours quand je fais de la musique et lorsque j’en écoute également. C’est ma perception de la musique.
Et pourquoi la techno plutôt que le hip hop qui était aussi en effervescence à la même période ?
(Il réfléchit). La techno a réuni deux influences majeures de ma culture musicale à savoir la new wave et le punk. J’avais aussi une culture hip hop assez forte à travers laquelle j’ai découvert des samples de funk, de jazz, de soul… toute cette culture noire. Bref, des influences totalement incompatibles avant la techno.  Ces mondes ne communiquaient pas et se détestaient cordialement.

"LA TECHNO EST UNE MUSIQUE DE NERDS"

Qu’est-ce qui a changé en 20 ans ?
L’avènement d’internet a offert la possibilité aux gens d’avoir une culture musicale beaucoup plus forte qu’auparavant. En 1992 et avant, la musique constituait un engagement entier. Quand tu aimais un style tu étais très exclusif.  La musique définissait les gens qui se définissaient eux-mêmes par rapport à la musique qu’ils écoutaient. Il me semble que c’est beaucoup moins le cas aujourd’hui, grâce à cet accès  à la culture de manière plus universelle. Les esprits se sont ouverts et il n’y a plus vraiment de clan. Les jeunes d’aujourd’hui ont une culture musicale incroyablement ouverte et profonde. A seize ans, certains sont vraiment très érudits. Selon moi, c’est là le vrai changement. Les jeunes peuvent aller en boîte écouter de la techno, du rock en concert et de la folk à la maison. Tous les styles de musiques sont acceptables.
Oui, internet a révolutionné les choses ne serait-ce que grâce à des outils comme Shazam permettant de savoir immédiatement ce que l’on écoute alors que dans les années 90, il fallait forcément se rendre chez l’un des rares disquaires fredonner ce qu’on avait entendu la veille… donc une vraie « volonté culturelle ».
Oui totalement. Aujourd’hui aussi, la techno reste une musique de passionnés et d’amateurs. Il y a tellement de productions, qu’il faut s’y intéresser. C’est une musique de nerds, de gens qui vont fouiller pour dénicher des nouveautés. Et d’ailleurs, c’est jouissif lorsque tu as le morceau qui n’est pas grillé, celui que les autres n’ont pas. Ce truc reste intrinsèque à la techno. 
Parmi les changements majeurs, il y a aussi le fait qu’avant, pour sortir un disque, il fallait tout un arsenal. Maintenant, c’est très facile, non ?
La techno a été précurseur de l’industrie du disque moderne. Avec Philippe Zdar (la moitié de Cassius et de Motorbass dans les années 90, ndr) quand on a fait les premiers maxi de Motorbass en 93, on a créé les morceaux chez nous. Le home studio est né dans les années 90. Ca demandait déjà un peu de moyens par rapport à ce que tu peux produire avec un laptop aujourd’hui, mais c’était à la portée de certains. Et c’était totalement révolutionnaire ! Avant cela, il fallait aller en studio. Dans les années 90, il fallait encore  fabriquer le disque, ce qui nécessitait un minimum de moyens mais cela restait abordable. Aujourd’hui faire de la musique ne demande plus aucun investissement. Tu crées un morceau, tu l’envoies sur internet et si le morceau est bien, tu peux toujours rencontrer le succès. C’est assez magique !
Pour en revenir à vos propres productions, de Super Dicount à All Right Now, de quoi êtes-vous le plus fier ?
Justement, en réalisant l’anthologie, je me disais que j’aimais vraiment l’ensemble, j’étais content. (Il réfléchit) En vrai, si je continue à faire de la musique, c’est parce que je n’ai pas encore conçu ma « masterpiece ». J’ai le sentiment de ne pas avoir encore produit LE morceau. Je cherche toujours…
Vous êtes l’un des fondateurs de la French Touch, comment la définissez-vous ?
Pour moi Fench Touch est un concept historique et géographique. Il désigne des musiciens français qui ont produit de la musique dans les années 90. En termes de sons, les gens mettent Air, Daft Punk et ma musique dans la même appellation mais si tu écoutes les disques, ils n’ont pas grand chose à voir.  French Touch, c’est de l’hitsoire-géo. A l’origine, à part Air qui est plus pop, tous les producteurs avaient en commun l’influence hip hop, mouvement très fort en France dans les années 90. On écoutait tous du hip hop. Il y a cette volonté dans la musique électronique française de vouloir créer une musique avec attitude. C’est pas juste « fun » comme ça l’est devenu après. On voulait sans doute faire quelque chose de plus costaud que la musique rave des anglais qui étaient juste de la déconne, en France, on était peut-être plus influencés par les Etats-Unis.
D’ailleurs vous avez rencontré Philippe Zdar en travaillant sur un album de Mc Solaar, non ?
Je l’ai connu avant mais on a travaillé ensemble sur cet album en effet.
Nicolas, votre frère aîné est un excellent dessinateur de bédé, Hervé est réalisateur (H5 avec qui il travaille a obtenu un Oscar pour Logorama en 2009), Geoffroy, fondateur de Dummy est graphiste et réalisateur (avec une victoire de la musique pour le meilleur clip en 2001)… Tous vos frères sont artistes (graphistes, dessinateur, réalisateur), bref. Vous êtes issu d’une famille artistique impressionnante, comment vous influencez-vous les uns les autres ?
Je ne sais pas. J’ai fait de vraies collaborations avec mon frère Geoffroy qui a réalisé les clips d’animation 3D de l’album Tempovision en 2000. J’ai fait entrer Hervé chez H5(qui a notamment crée l’affiche de Game Story, ndr) qui s’est associé depuis. Antoine Bardou-Jacquet et Ludovic Houplain, les fondateurs de H5, sont les créateurs de mes pochettes dont Super Discount. Je ne collabore pas avec mes frères, on se voit, on rit ensemble mais on n’a pas vraiment de ponts esthétiques.

« REGARDEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES »

Vous touchez deux générations. Quelle différence voyez-vous entre les deux ?
L’âge (rires). Je suis toujours DJ et je joue dans les clubs donc je reste connecté aux gens qui sortent et ce sont surtout les jeunes que je rencontre. Aujourd’hui, j’ai un public jeune. Souvent, la génération des années 90 ne sait même pas que je fais encore des disques, les gens de 40 ans ne sortent plus tellement ni en clubs ni en festivals. Et moi, j’existe dans ces lieux. Je n’existe plus médiatiquement. Les gens de mon âge ne regardent pas les clips la nuit. Pour voir mon travail, il faut venir me voir jouer car il n’est plus vraiment présenté médiatiquement.
Vous évoquez la scène, justement, les prestations scéniques de la musique electro ont vécu une révolution ces dernières années… Les lives ne sont plus du tout pareil.
Oui, on a fait des progrès ! Ca a été longtemps chiant.
Je ne sais pas mais une chose est sûre c’est que les sets de Djs ont été longtemps « pas visuels ».
Oui c’était peu visuel. Pendant longtemps, je ne voulais pas faire de live. A l’époque des raves, j’avais été voir des lives qui ne m’avaient pas convaincu. Pendant longtemps, j’ai fait une croix dessus. Le live en electro me semblait nul. A la base, je ne suis pas un grand fan de concerts, où tu te rends plus pour voir quelque chose que pour entendre.
Pour sentir une énergie aussi…
Effectivement, pour sentir l’aura de quelqu’un.
Pour communier aussi…
Voilà. Mais ça m’emmerde de communier (rires). Je trouve rarement un concert bien. Certaines prestations sont en effet impressionnantes mais souvent les lumières sont horribles. J’aime les concerts efficaces, où les morceaux ne sont pas interminables, l’impro m’ennuie… La techno a éliminé le musicien de la musique ce qui n’est pas négligeable.
Pourtant, il me semble que les Djs sont starifiés contrairement aux années 90. Ce sont un peu les rockeurs d’aujourd’hui non ?
Oui dans les années 90, le Dj était dans un coin et tout le monde dansait. Maintenant, quand je joue, tout le monde regarde dans ma direction. Je me dis « bon si vous voulez mais c’est dommage ». Le vrai truc serait « regardez-vous les uns les autres », ce sera plus rigolo. J’aime bien faire le Dj dans un club, comme ça je joue dans mon coin et les gens ne sont pas obligés de regarder vers moi. Je me sens plus près des gens. Et sur scène, j’aime le cube dans lequel je joue, comme ça le public regarde autre chose que moi.

Dans le studio d'Etienne de Crécy à Paris



"JE LEUR AI DIT : PIXEL"

Alors justement qu’est-ce que le Beats’n’Cubes ?
Comment ça qu’est-ce que c’est ?
Oui, comment le décrivez-vous pour les gens qui ne l’ont pas encore vu ?
C’est dur à expliquer…
C’est une sorte de Sudoku en 3D ou de Rubik’ s Cube géant ?
(rires) Oui c’est un gros cube qui bouge. C’est très visuel. Au moment de la promo de Super Discount 2 en 2003, je partais en tournée de Dj. Je voulais que ce soit différent. On m’a suggéré un live, j’en ai parlé à Alex gopher et Julien Delfaud. On a fait des morceaux ensemble, on a commencé à jouer en live et c’était super. On a commencé à jouer en clubs et avec le bouche à oreille, on a fini sur des grosses scènes surtout à l’étranger, en Belgique, en Allemagne et dans les payas scandinaves. Avec un public de 10 000 personnes. Ca marchait super bien sauf que lorsque je voyais une captation, je trouvais le spectacle nul. On donnait de la bonne musique à écouter mais visuellement, c’était inintéressant et j’avais honte. Après cette tournée, j’ai eu très envie de continuer à faire du live parce que cette expérience m’avait plu. Comme j’ai commencé un live en solo, je me disais qu’il fallait un « stage design », je voulais que quelque chose se passe sur scène. Moi tout seul, ça me semblait pauvre. J’ai rencontré les fondateurs de 1024 architecture, Pierre Schneider et François Wunschel et je leur ai demandé de concevoir quelque chose pour moi. En 2007, j’étais booké au hall 9 des Transmusicales de Rennes, une scène immense et il me fallait un concept pour habiter la scène.  Ils ont créé ce cube.
Avec un petit cahier des charges sollicitant une forme géométrique…
Oui, mon idée c’était le carré. Je leur ai dit « pixel ». L’idée c’était 8 beats/pixel plus que rond et goutte et fractal. J’aime la simplicité. Ils avaient déjà développé une maquette pour un autre projet qui n’avait pas vu le jour et me l’ont montrée. On a beaucoup travaillé ensemble pour synchroniser les images à la musique et que le tout garde une rigueur esthétique implacable.
 
Vous avez remixé Kraftwerk, Zombie Nation, Air, et beaucoup d’autres. Qui vous a semblé le plus compliqué et qui a été le plus jouissif à remixer ?
Le principe du remixe est très particulier. Les super morceaux sont très difficiles à remixer, surtout dans l’electro. Si le morceau est parfait, comment l’améliorer. Moi en général, je jette tout je garde un petit élément et je compose un morceau.
Kraftwerk c’est plus minimaliste, on imagine que c’est plus facile non ?
Sur le morceau, il y avait la voix donc dès qu’il y a un gimmick comme ça c’est plus simple. J’a travaillé sur le morceau avec Alex Gopher et c’était sympa parce que Ralf Hütter ( le leader du groupe, ndr) était venu nous rendre visite à Paris au studio écouter la musique qu’on faisait donc c’était très enthousiasmant. Chaque remixe est unique. Parfois, certains morceaux sont nuls mais vraiment faciles et agréables à remixer.
Vous pensez à quels morceaux ?
Je ne peux pas le dire (rires). Mais pour certains morceaux, tu sens qu’il y a quelque chose de bien et que c’est très facile d’en sortir un vrai remixe agréable. Tu sens qu’il y a une idée de départ que le gars n’a pas réussi à exploiter ou qu’il n’avait pas envie d’exploiter qui est très inspirante. Et parfois, certains morceaux sont super et tu ne peux pas faire mieux que l’original. Il m’est arrivé de refuser de remixer des morceaux parce qu’ils étaient trop bien ! C’est le cas d’Aurora d’Alex Gopher.